Réussir le sevrage et Réduire de façon considérables les pertes de lapereaux observées au cours de la période Mise bas- Sevrage.

Bon nombre de cuniculteurs sont souvent confrontés à la mortalité des lapereaux entre la naissance et le sevrage. En effet, le nombre de lapereaux sevrés est carrément inférieur au nombre de lapereaux nés. Ce taux de mortalité est dû à un certain nombre de facteurs que nous verrons ensemble dans cet article. Et ce n’est pas fini !!!! Nous verrons aussi dans quelle mesure, nous pourrions réduire considérablement les pertes des lapereaux afin d’avoir une rentabilité au top dans sa production.

Le sevrage des lapins est pratiqué traditionnellement entre six et huit semaines, au moment où la production laitière des femelles diminue rapidement et où celles-ci commencent à reconstituer leurs réserves. Dans ces conditions, le nombre de portées produites annuellement ne dépasse généralement pas quatre à cinq par mère. Dans le but d’accélérer le rythme de reproduction des lapines, certains éleveurs ont tenté, avec succès, de sevrer à quatre semaines ou même trois semaines.

Cependant, les plus forts taux de mortalité et de morbidité sont souvent observés dans les deux à trois semaines qui suivent le sevrage. Il semble donc nécessaire de réfléchir aux outils disponibles pour favoriser la robustesse autrement dit la survie des lapereaux au moment du sevrage.

La robustesse peut être définie comme la capacité d’un animal à s’adapter aux perturbations de son environnement (Sauvant et Martin, 2010). La première grande perturbation à laquelle un jeune mammifère doit faire face est la naissance

Le passage de la vie fœtale en milieu thermorégulé à l’existence autonome est un énorme challenge. La robustesse des lapereaux au moment de la naissance dépend à la fois de son développement pendant la période fœtale, de l’aptitude de la lapine à élever sa portée et de sa production de lait, des capacités du lapereau à interagir avec sa mère biologique ou adoptive dans un contexte de compétition au sein de
la portée. 

Le deuxième challenge que le jeune lapereau doit surmonter est l’étape du sevrage. Au sens biologique, ce terme correspond à l’arrêt de l’alimentation lactée. C’est une étape progressive. En élevage cunicole, ce terme recouvre aussi la séparation physique des lapereaux et de leur mère, qui est pratiquée entre 28 et 38 jours d’âge. La robustesse du lapereau au moment du sevrage dépend donc de sa capacité à surmonter l’absence d’apport lacté et le passage à l’alimentation solide exclusive, l’arrêt des interactions avec sa mère, et éventuellement, l’adaptation à un nouveau logement et/ou à de nouveaux congénères.

L’objectif de cet article est de montrer que le lapereau non-sevré présente des fragilités, mais qu’il dispose aussi de capacités d’adaptations biologiques qu’il convient de mettre à profit. Il s’agit aussi de faire le point sur les outils dont pourrait disposer l’éleveur pour améliorer la robustesse des jeunes lapereaux, et ainsi sécuriser la période qui va de la naissance au sevrage. 

  1. Les constats 
  • Un système sensoriel et des capacités de thermorégulation immatures à la naissance

Le lapin fait partie des espèces qualifiées de nidicoles. Chez ces espèces, la durée de gestation, courte, aboutit à la délivrance de nouveau-nés encore en partie immatures sur les plans sensoriel, physiologique et moteur. Ainsi, les lapereaux sont dépourvus d’audition, de vision et de capacités masticatrices à la naissance. Ils ne commencent à entendre que vers 7-8 jours, et à voir que vers 10-13 jours, en même temps que leurs aptitudes masticatrices apparaissent. Naissants nus, ils répondent aux stimulations thermiques mais ne sont pas capables d’assurer une thermorégulation suffisante pour faire face aux variations circadiennes de température. 

  • Une compétition au sein de la portée

Les lapereaux au sein de la portée se mettent en compétition d’un point de vue confort thermique pour la place au sein du nid mais également pour l’accès au lait. Bien que le nombre de tétines (comprise entre 8 et 10) ne soit pas limitant puisque le lapereau ne s’octroie pas une tétine mais en change toutes les 20 secondes, la compétition pour l’accès au lait est étroitement liée à l’hétérogénéité des poids des lapereaux au sein de la portée. Le poids des lapereaux au sein de la portée varie fortement et des lapereaux de poids critique (< 35g) se retrouvent plus fréquemment dans les portées de grande taille (>10g). Ainsi, la mortalité qui survient dans les jours qui suivent la mise-bas est principalement liée à la disparition des lapereaux les plus légers. Selon certains éleveurs, 14 % des lapereaux nés n’ont pas accès à la première tétée essentielle à leur survie. Ainsi, les lapereaux les plus lourds occupent une position centrale dans le nid leur assurant un confort thermique supérieur, une capacité à obtenir une quantité de lait plus élevée et présentent de ce fait des chances de survie supérieure. La maitrise de l’homogénéité des poids de portée est donc un facteur qu’il faut prendre en compte pour améliorer la robustesse des lapereaux.

  • Des besoins alimentaires antagonistes de ceux de la mère

La détermination des besoins nutritionnels des lapins après le sevrage, et leurs liens avec la santé digestive ont fait l’objet de nombreux travaux. En revanche, le nombre d’études portant sur les besoins avant le sevrage est plus limité. 

Cependant, les résultats obtenus suggèrent que les femelles reproductrices et les lapereaux avant le sevrage ont des besoins en énergie et en fibres antagonistes. Ainsi, les jeunes lapereaux ont des besoins en fibres qui sont satisfaits par la distribution d’un aliment à faible teneur en énergie. En effet, la distribution d’un aliment fibreux, à faible teneur en amidon, et peu énergétique pendant la période qui entoure le sevrage (<2350 kcal/kg) améliore le statut sanitaire des lapereaux en engraissement sans pénaliser leur poids à la vente. Comme pour le lapin sevré, la nature des fibres serait aussi à prendre en compte. Ainsi, certains chercheurs ont montré que la distribution d’un aliment riche en lignines (6,4% vs 4,5%) avant le sevrage permet de diminuer la mortalité (2,6% vs 6,1%) pendant l’engraissement. Dans ces deux travaux, les effets positifs des fibres étaient associés à une activité fermentaire caecale plus élevée (pH plus faible et teneur en acides gras volatils plus élevée). 

A l’opposé des lapereaux, les femelles ont des besoins énergétiques élevés (>2500 kcal/kg) pour permettre à la fois la croissance fœtale et la production de lait. Une réduction des apports énergétiques peut entrainer une baisse des performances de reproduction, une réduction de la production laitière, mais surtout une détérioration de l’état corporel des femelles qui doit alors puiser dans ses propres réserves pour satisfaire ses besoins. Chez les lapines, l’origine de l’énergie a une influence importante sur ses performances de lactation et l’évolution de son état corporel : comparé à un apport sous forme d’amidon, un apport sous forme de lipides stimule la production laitière et entraine une mobilisation corporelle plus intense. Pour satisfaire ces besoins énergétiques élevés, les lapines reçoivent un aliment à plus faible teneur en fibres (15-18% vs >19%) et à plus forte teneur en amidon (>16% vs <14%) que les lapereaux. 

Malgré des besoins alimentaires antagonistes entre la femelle et les lapereaux avant le sevrage, il n’existe qu’une seule mangeoire par cage, servant pour l’alimentation de ces deux catégories d’animaux. Pour gérer cet antagonisme, la stratégie alimentaire la plus courante consiste à distribuer un aliment riche en énergie (2500 kcal/kg) pendant les 4 premières semaines de lactation pour satisfaire les besoins des femelles, puis un aliment plus riche en fibres pendant la semaine qui précède le sevrage. Appuyez ici pour avoir votre formule alimentaire mixte à la fois adaptée aux lapereaux et reproducteurs

Cela permet d’optimiser la préparation des lapereaux et de leur éviter un changement d’aliment au moment du sevrage. Toutefois, ce sont les femelles qui doivent subir ce changement d’aliment, qui a pourtant été souvent démontré comme risqué, notamment si la teneur en énergie de l’aliment autour du sevrage est trop faible. C’est pourquoi, dans l’aliment autour du sevrage, une partie de l’amidon est généralement substitué par des fibres et des lipides afin de satisfaire le besoin en fibre des lapereaux sans trop réduire les apports en énergie par la femelle. Cela permet la réalisation d’un compromis entre les besoins des deux catégories d’animaux.

  1. De la naissance au sevrage : des capacités biologiques et comportementales intrinsèques pour survivre.

En dépit de la vulnérabilité des lapereaux liée à leur relative immaturité, aux besoins alimentaires spécifiques mal pris en compte en élevage, le lapereau dispose d’un certain nombre d’aptitudes comportementale et physiologique qui lui permettent de faire face aux challenges qui lui sont imposés et d’améliorer sa survie. La réponse à la phéromone mammaire, le comportement de coprophagie au nid, l’adaptation de son système digestif à la transition alimentaire constituent certains de ces atouts.

  • Un nid isolé thermiquement

Afin de faire face aux faibles capacités de thermorégulation de sa descendance, la lapine crée un nid au cours des 2-3 jours précédant le terme de la gestation, en mélangeant des poils qu’elle arrache de son corps avec des débris végétaux qu’elle trouve dans son environnement. Le confort thermique du nid est en effet, un élément déterminant de la survie des lapereaux. Il convient donc de proposer à la femelle des conditions d’élevage qui permettent de réaliser ce comportement.

  • Une phéromone qui guide les lapereaux, la phéromone mammaire

L’interaction olfactive du lapereau avec la femelle allaitante est fondamentale dans les premiers jours après la naissance. En effet, les odeurs jouent un rôle majeur dans le guidage des lapereaux vers les tétines maternelles et leur saisie orale, et la tétée conditionne de façon critique la survie des 2-3 premiers jours de vie. Comme chez les mammifères en général, cette interaction repose en partie sur la perception d’odeurs apprises in utero et retrouvées sur le corps de la femelle ; odeurs notamment dépendantes des arômes présents dans l’alimentation maternelle. 

Cependant, il existe chez le lapin un signal hautement réactogène émis par toutes les femelles allaitantes de l’espèce, la phéromone mammaire. Il s’agit d’un composé volatile, présent dans le lait parmi plus de 150 autres molécules odorantes. Ce composé a été qualifié de phéromone car il répond aux 5 critères précis de définition énoncés dans le cas des phéromones de mammifères par Beauchamp et al. (1976). Le qualificatif de « mammaire » est lié au fait que le lait semble se charger en phéromone mammaire au cours de son transit dans la mamelle. Plusieurs résultats soulignent le rôle clé que semble jouer la phéromone mammaire dans le succès de tétée du nouveau-né. Quel que soit l’origine génétique du lapereau (indépendamment de la race et de la souche), elle déclenche immédiatement (sans apprentissage) chez celui-ci le comportement typique de recherche-saisie orale normalement exprimé pendant l’allaitement. C’est ce comportement qui aboutit à la localisation très rapide (< 15 sec) et à la prise orale des tétines.

Classiquement, plus de 90% des lapereaux à qui la phéromone mammaire est présentée y répondent. A J1, ceux qui n’y répondent pas ingèrent moins de lait que ceux qui y répondent ; ce fait s’observe plus particulièrement chez les lapereaux de petits poids (< 48g). De plus, les lapereaux non-répondants à la phéromone mammaire à J1 ont un taux de mortalité plus élevé sur la période J1-21 que ceux qui y répondent. La réponse précoce à la phéromone mammaire pourrait donc constituer un critère de viabilité des lapereaux et permettre d’identifier les individus à risque dès la naissance. Par ailleurs, l’activité de la phéromone mammaire, très forte à la naissance, le demeure tant que le lapereau est exclusivement nourri au lait. Cette période est aussi celle où la femelle émet le plus de phéromone mammaire dans son lait.

  • Un système digestif adapté à la transition alimentaire et en interaction étroite avec un système immunitaire en développement.

Durant les 2 premières semaines de vie, le lapereau est totalement dépendant de son ingestion de lait (10 à 25 g / jour / lapereau) pour assurer son développement. De la naissance à 3 semaine d’âge, la
couverture des besoins énergétiques est assurée à 95% par la digestion des lipides du lait, sachant que le lait de lapine renferme de 15 à 20% de matières grasses (respectivement en début et fin de lactation, et très peu de sucres (lactose <1%). Durant l’allaitement, la capacité de digestion du lapereau provient essentiellement d’enzymes sécrétées par la muqueuse gastrique (lipase, protéases), mais aussi intestinale. En parallèle du début de l’ingestion d’aliment solide (17-21j), la sécrétion d’enzymes par le pancréas se met en place. Ainsi, la sécrétion de lipase pancréatique, et l’activité lipasique dans la lumière intestinale, augmentent fortement à partir de 4 semaines d’âge. En revanche, les protéases pancréatiques augmenteraient dès 7 jours d’âge et jusqu’à environ 7 semaines d’âge ; tandis que la pepsine de la muqueuse gastrique augmenterait de 7 à 90 jours d’âge. La digestion de l’amidon (amylase pancréatique, maltase intestinale…) ne se développe vraiment qu’à partir de 25 jours d’âge, lorsque l’ingestion d’aliment est bien installée. 

L’ingestion d’aliment solide débute à partir de 17 jours d’âge, elle est dépendante de la mobilité du lapereau pour accéder à la mangeoire de la mère. Cette ingestion de granulé ne devient significative qu’à partir de 19-21jours (>2g/j lap.), mais le profil d’ingestion nocturne classique (18 à 9h) ne se met réellement en place qu’à partir de 35 jours d’âge. En parallèle, la caecotrophie (Lire mon livre sur la caecotrophie) débute après 22 jours d’âge, elle est en place à 28jours. Ceci conduit à l’ingestion de protéines et d’enzymes microbiennes, notamment des amylases et des enzymes fibrolytiques, qui a priori participent à l’accroissement du potentiel digestif du lapereau. La quantité, de même que la qualité et l’origine des nutriments ingérés, évoluent donc très rapidement entre 20 et 32 jours d’âge : la quantité de protéines fournies par l’aliment devient équivalente à celle provenant du lait dès 25 jours d’âge, puis la dépasse
en quelques jours ; dès 21 jours d’âge, la quantité de fibres ingérée
dépasse 2 g par jour, tandis que l’amidon de l’aliment devient la principale source de glucides digestibles. La capacité digestive du lapereau va de pair avec ces changements de nutriments ingérés.

Le système digestif du lapereau, adapté à la naissance, à la digestion du lait, acquiert progressivement, dès que la prise d’aliment solide est significative, la capacité à digérer l’amidon, les protéines végétales et les fibres. L’acquisition de cette capacité digestive peut être stimulée par des facteurs nutritionnels. Cette période de transition alimentaire chez le
lapereau constitue à la fois une phase clé mais également à risque pour son développement et sa survie ultérieure. Elle représente aussi une fenêtre de plasticité pendant laquelle l’éleveur peut agir pour favoriser la mise en place d’un écosystème digestif plus résilient au stress du sevrage.

  1. Des leviers d’action en élevage pour augmenter la robustesse des lapereaux.

A la lumière des constats des vulnérabilités et de la connaissance des capacités d’adaptation biologiques des jeunes lapereaux, il est possible de suggérer des leviers d’action en élevage et des pistes de recherches pour améliorer la survie du jeune lapereau et sécuriser moment du sevrage.

  • La maitrise du confort thermique au nid
  • Accès, garnissage et hygiène au nid

En maternité, un environnement thermique garantissant le maintien d’une température élevée (>18°C) et constante est nécessaire. Ces conditions sont permises au plus près des lapereaux sous la forme du nid que la femelle crée 2-3 jours avant le terme de la gestation, en ajoutant aux copeaux de paille fournis par l’éleveur du poil qu’elle arrache de son corps. Une boîte à nid garnie de matériaux végétaux doit être mis à disposition de la femelle 1 à 5 jours avant la mise-bas. 

Proposer l’accès au nid garni 5 jours avant la mise bas diminuent le taux de mise bas en dehors du nid et ce notamment pour les nullipares qui montrent parfois un désintérêt pour le nid. Afin d’éviter qu’elles ne mettent bas sur le sol grillagé, les éleveurs les habituent à y entrer, 15 mn par jour les 5 jours précédant la mise bas, en les enfermant dans la boîte à nid. Cette pratique fait baisser significativement le taux de mise bas en dehors de la boîte. La paille est de moins en moins utilisée en élevage professionnel car elle est réputée pour être – plus que les copeaux dépoussiérés – un vecteur potentiel d’agents pathogènes issus des lapins de garenne ou de chiens (virus de VHD, de myxomatose,
cysticerques…). 

Malgré cet inconvénient, elle semble présenter l’avantage d’induire un comportement maternel supérieur. On considère que le confort des lapereaux est atteint s’ils sont élevés dans une boîte fermée, éloignée des
courants d’air, et contenant une couche de copeaux d’au moins 8 cm. Ces copeaux doivent être secs. Leur changement lorsqu’ils sont souillés et l’adjonction de poudre à nids asséchante est une des pratiques courantes en élevage rationnel. A l’inverse, les éleveurs de lapins fermiers, évitent de déranger les mères en touchant les nids. La sélection des qualités maternelles des souches de lapins de chair a permis de créer des lignées qui tolèrent grandement que l’éleveur trie les petits ou nettoie le nid. On ne note plus d’abandon des nids suite à ce travail. Par souci sanitaire, certains éleveurs enlèvent les poils déposés par la lapine ; pourtant la présence de ces poils contribue fortement au confort thermique des
lapereaux qui naissent nus. 

A l’inverse d’autres éleveurs mettent des poils pris sur une lapine dans un autre nid que le sien. Cette pratique, peut transmettre des agents pathogènes comme des staphylocoques ou les dermatophytes. Enfin certains les éleveurs saupoudrent des poudres à nid contenant des antibiotiques afin de limiter la contamination bactérienne des nids. Globalement, toutes les pratiques qui visent à modifier l’environnement immédiat des lapereaux, ou l’usage d’antibiotique au nid, auront des
conséquences sur la mise en place du microbiote et par conséquent sur le développement du système immunitaire et potentiellement sur l’activité microbienne caecale. De plus, la mise en contact des antibiotiques avec les bactéries de l’environnement induit également des résistances sur des germes d’environnement. Celles-ci peuvent ensuite se transmettre aux agents pathogènes qui deviennent ainsi beaucoup plus difficiles à éradiquer. La forte densité des lapereaux dans un nid, qui urinent de surcroit, amène immanquablement une certaine condensation entrainant une humidité du fond de la boîte à nid. 

Le choix de boîtes percées de petits trous permettant d’évacuer l’excès d’humidité ou mieux, des fonds de boîte absorbants (bois, couche
absorbante…) palie à ces inconvénients. Enfin, on peut également rappeler que des apports suffisants en acides aminés soufrés sont nécessaires pour que la lapine puisse reconstituer sa toison entre chaque cycle de reproduction. Ceux-ci rentrent en effet dans la constitution des poils.

  • Pratique de l’allaitement contrôlé

La visite unique et quotidienne de la mère est à respecter sans quoi les entrées/sorties répétées de la femelle, liées au stress, engendrent une mortalité des nouveau-nés. Celle-ci est liée aux blessures directement infligées, mais aussi à la perturbation de l’équilibre thermique du nid et du rythme d’activité adopté par les lapereaux face à l’absentéisme de la mère. Ce rythme, centré sur l’allaitement quotidien, est basé sur des mouvements post-tétée d’enfouissements dans les matériaux du nid, puis de regroupement des individus au sein de la portée, et enfin d’émergence du nid peu avant l’heure d’arrivée de la mère. Il est essentiel car il permet aux lapereaux de limiter les pertes énergétiques jusqu’à la tétée suivante. C’est pourquoi l’allaitement contrôlé, qui empêche les entrées intempestives des femelles dans le nid en dehors de la tétée peut améliorer la survie des lapereaux. 

  • Homogénéisation des portées pour limiter la compétition au nid

La sélection des souches parentales sur la taille de portée pendant de nombreuses générations a permis d’augmenter celle-ci de façon significative. En raison d’une forte corrélation positive, le poids total de la portée à la naissance a également augmenté, alors que le poids moyen du lapereau à la naissance diminuait. Cette observation a conduit à
modifier les critères de sélection des souches de façon à prendre en compte le poids du lapereau, à la naissance ou au sevrage, dont l’héritabilité est assez élevée. Par contre, la corrélation entre poids moyen et l’amplitude de poids intra-portée étant défavorable, cette stratégie ne permet pas de réduire l’hétérogénéité des portées et la mortalité qui y est associée. Une expérience de sélection divergente a permis de démontrer qu’il est possible de sélectionner une souche sur l’homogénéité du poids des lapereaux à la naissance, malgré la très faible héritabilité de ce caractère. La réponse à la sélection s’est accompagnée d’une réponse corrélée favorable sur la viabilité des lapereaux à la naissance et entre la naissance et le sevrage.

Bolet et al. (2007b) et Layssol-Lamour et al. (2009) ont montré que, dans la lignée sélectionnée pour améliorer l’homogénéité des portées, la longueur et l’extensibilité de la corne utérine, ainsi que la distance entre fœtus étaient significativement supérieures. Comme le poids des fœtus ou des lapereaux à la naissance est lié à leur place dans la corne utérine, en faveur de celui situé à l’extrémité ovarienne, cette amélioration de l’espace disponible est susceptible de réduire cet effet de la position intra-utérine qui augmente l’hétérogénéité des portées. Cette réponse à la sélection s’est accompagnée d’une réponse corrélée
favorable sur la viabilité des lapereaux à la naissance et entre la naissance et le sevrage. L’homogénéité de la portée à la naissance est maintenant un des critères de sélection des souches commerciales. L’hétérogénéité des portées pourrait également être réduite par le biais de stratégie nutritionnelle appliquée à la mère. La composition de l’aliment pourrait moduler la qualité des ovocytes et des follicules ou favoriser le développement du placenta et les transferts materno-fœtaux de nutriments pendant la gestation. Par ailleurs, la généralisation après la naissance des pratiques d’homogénéisation et d’adoption des portées
pose la question de la transmission du microbiote digestif maternel ou de la mère adoptive à sa descendance, et de l’importance des facteurs
d’environnement. De ce point de vue, il serait pertinent d’étudier l’impact du mélange des portées sur la survie des lapereaux dans différents environnements (qualité du nid, usage d’antibiotiques). Il pourrait être pertinent de réaliser des adoptions intra-parité de femelle.

De plus il serait peut-être judicieux d’adopter les plus petits lapereaux par des femelles spécifiques (parité élevée, état sanitaire, …). En effet, la production laitière des femelles augmente avec la parité. De plus, le lait maternel joue aussi un rôle important comme vecteur d’immunité, plus particulièrement l’ingestion de colostrum, comme cela a été montré chez le porcelet. C’est pourquoi, il faudrait aussi disposer d’indicateurs précoces et individuels de production laitière et de santé des mères et déterminer, notamment, le portage de maladie ou
d’infection subcliniques, pour une meilleure gestion des adoptions. Enfin, la maturation immunitaire du lapereau est encore très mal connue, et peut dépendre de paramètres d’élevage. Ainsi, l’impact de l’usage d’antibiotiques chez la mère biologique ou adoptive sur l’implantation du microbiote du lapereau (flores barrières) et ces conséquences en termes de développement du système immunitaire devrait être évalué.

  • Stimuler la prise alimentaire précoce : Quand, comment et pour quel besoin ?

Sachant que la maturation du système immunitaire digestif (GALT) est sous la dépendance forte du microbiote digestif, on peut faire l’hypothèse que la stimulation de l’activité microbienne pourrait
renforcer l’immunité du lapereau où l’installer plus précocement. Divers « outils » ont été utilisés ou font l’objet de recherches pour atteindre cet objectif.

  • Sevrage précoce ?

Bien que chez le lapin, le sevrage, d’un point de vue nutritionnel, soit progressif (les lapereaux accèdent à l’aliment de la mère dès que ceux-ci sont capable de quitter le nid : autour de 17j), l’âge optimal au sevrage est une question récurrente. Le sevrage est habituellement pratiqué entre 28 et 35 jours d’âge. 

Un sevrage précoce permet (i) de limiter la sollicitation des mères, (ii) d’apporter dès que possible un aliment adapté aux mères ainsi qu’aux lapereaux (cf. Des besoins alimentaires antagonistes de ceux de la mère), (iii) de stimuler chez les lapereaux la mise en place des fonctions digestives et particulièrement fermentaire, (iv) de limiter la transmission verticale des pathogènes de la mère

A l’inverse, un sevrage plus tardif permet une transition alimentaire plus progressive et un prolongement de l’apport de lait qui confère au jeune une immunité passive. Le taux de mortalité et de morbidité plus faible dans le cadre d’un sevrage tardif suggère que le lait maternel aurait également la capacité de stimuler les fonctions immunitaires du jeune. En effet, réduire la période d’allaitement fragilise le lapereau en
cas d’infection colibacillaire. 

Un sevrage précoce entraine une augmentation de l’ingéré solide pour compenser l’interruption de l’apport de lait. Cependant, cet accroissement de l’ingéré ne suffit pas à assurer une croissance similaire à celle observée chez les lapereaux sevrés plus tardivement. La répercussion de l’âge au sevrage sur le poids d’abattage diverge en fonction des études. Le retard de croissance observé au moment du sevrage perdure jusqu’à la vente des animaux dans 3 études tandis qu’une croissance compensatrice est observée dans 2 études. La croissance du tube digestif étant simultanée à la prise d’aliment solide, le sevrage précoce entraine également une croissance plus précoce du tractus digestif. Cependant aucun effet n’est observé sur le poids du caecum plein ou vide ni sur la morphologie de la muqueuse intestinale ou caecale. Toutefois la digestibilité iléale est stimulée, et l’activité fermentaire (teneur en acide gras volatile du caecum) reste plus importante chez les lapereaux sevrés précocement. 

  • Alimentation mère-jeune séparée

Un autre moyen de contrôle est d’alimenter séparément et spécifiquement le lapereau dès 18 jours d’âge, indépendamment de la mère et sans modifier l’âge au sevrage, à l’aide d’une cage et de mangeoires adaptées. Ce type de dispositif a été développé dans un cadre expérimental. Il a permis de préciser le comportement nutritionnel des jeunes mais n’a pas été adopté par la profession. 

Que ce soit en système d’alimentation séparée ou en accès à l’alimentation maternel, l’ingestion d’aliment solide débute lorsque le lapereau est capable de sortir du nid pour accéder à la mangeoire de la mère. Si l’accès à l’abreuvement est malaisé pour le lapereau (pipettes ajustées pour la femelle) cela peut contribuer à retarder son ingestion d’aliment solide. Ce point mériterait d’être mieux étudié. 

  • Apprentissage olfactif pour orienter précocement le lapereau vers l’aliment solide

Est-il possible d’agir plus précocement, soit entre 2 et 3 semaines d’âge, alors que le lapereau consomme encore fort peu d’aliment solide ? Ainsi que montré par Gidenne et al. (2013b), le lapereau est capable d’ingérer des granulés (aliment maternel commercial) déposés dans le nid à partir de 12-14 jours d’âge. Moyennant la mise au point d’un aliment adapté à cet âge (composition, taille, dureté), il semble donc possible d’accroître l’ingéré solide et donc de stimuler ou orienter l’activité microbienne, sans toutefois stopper l’ingestion de lait. Comme nous l’avons préalablement évoqué (cf. Une phéromone mammaire qui guide les lapereaux), la phéromone mammaire n’est pas qu’un déclencheur du comportement de tétée mais aussi un facilitateur d’apprentissage olfactif chez le nouveau-né. 

Dans le contexte naturel d’allaitement, la phéromone mammaire pourrait ainsi permettre au lapereau d’apprendre des odeurs portées par le corps de la mère un jour donné (odeurs propres ou de l’environnement), odeurs susceptibles de l’aider à interagir ultérieurement avec la femelle plus efficacement, ou de se préparer aux choix alimentaires autonomes (sociaux et alimentaires) qui deviendront
nécessaires après sortie du nid et au sevrage. 

Conclusion

L’amélioration de la robustesse des lapereaux de la naissance au sevrage est un levier de progrès en filière cunicole puisqu’il conditionne la réussite en atelier d’engraissement. Nous avons, dans cette synthèse, fait
le constat de la relative immaturité du lapereau à la naissance d’un point de vue sensoriel et moteur, de leur capacité insuffisante de thermorégulation autonome, associée à des interactions avec la mère biologique ou adoptive très limitées. De plus, à cette période, le système immunitaire adaptatif est encore peu développé, ce qui accroit la susceptibilité des lapereaux aux agents pathogènes. Cependant, les lapereaux disposent d’outils comportementaux et biologiques intrinsèques qui pallient en partie ces difficultés. Ces outils correspondent à (i) la préparation par la femelle d’un nid thermiquement isolé, (ii) l’émission de la phéromone mammaire maximisant le succès de la tétée, (iii) un système digestif adapté à la transition d’un aliment lacté vers un aliment solide  

Ces outils biologiques et comportementaux intrinsèques à la lapine et à ses lapereaux sont autant d’atout qu’il convient d’utiliser et de maximiser en élevage. Pour cela les leviers d’action possibles les manipulations des nids (garnissage et hygiène du nid et allaitement contrôlé) et l’homogénéisation des portées (adoption, sélection génétique et/ou stratégie nutritionnelle d’alimentation des lapines). Si le sevrage précoce (21 jours) est aujourd’hui une pratique non satisfaisante d’un point des performances de croissance et de la mortalité des lapereaux, en revanche l’alimentation précoce (avant 21 jours) sans interruption de l’apport de lait pourrait permettre de sécuriser le sevrage.  

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